MARINA ROYALE : LE PARCOURS DU COMBATTANT POUR ASSURER SON COMMERCE

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les commerçants doivent déjà composer avec une marina qui cherche encore son second souffle. Depuis l’incendie d’avril 2025, une autre difficulté s’ajoute à celles du quotidien : trouver une compagnie prête à assurer leur activité. Et lorsqu’un assureur répond désormais « au cas par cas », le commerçant peut légitimement se demander si son commerce est encore considéré comme un risque… ou comme une expérience grandeur nature.

Il y a des endroits où la vie d’un commerçant suit un scénario relativement simple : trouver un local, signer un bail, ouvrir son commerce, souscrire une assurance et essayer de faire tourner l’affaire. À la Marina Royale, le parcours semble désormais légèrement plus sportif. On commence par trouver un local, puis on cherche un assureur, puis on explique à l’assureur les caractéristiques du local, puis l’assureur regarde les risques, puis il demande éventuellement des documents supplémentaires et, dans certains cas, la réponse n’est tout simplement pas celle que le commerçant espérait.

Bienvenue à Port-La-Royale, où assurer son commerce pourrait bientôt nécessiter presque autant de patience que de clients.

L’INCENDIE QUI A CHANGÉ LA DONNE

En avril 2025, un incendie avait frappé la Marina Royale et notamment détruit le club de plongée qui y était installé. Au-delà des dégâts matériels et des conséquences immédiates pour les professionnels concernés, le sinistre a également remis sur la table les questions liées à la sécurité, à l’état du site et aux conditions dans lesquelles les activités commerciales peuvent être exercées sur la marina.

Pour un commerçant, cependant, un incendie ne s’arrête pas lorsque les pompiers repartent. Après les flammes viennent les experts, les travaux, les pertes d’exploitation, les démarches administratives et, surtout, une question qui peut devenir particulièrement embarrassante : comment continuer à exercer son activité lorsque l’assurance devient difficile à obtenir ?

C’est précisément le problème que plusieurs professionnels de la Marina Royale dénoncent aujourd’hui. Depuis le sinistre, certains assureurs auraient pris leurs distances avec le site et des commerçants rencontreraient des difficultés pour obtenir de nouvelles couvertures ou maintenir des conditions d’assurance adaptées à leur activité.

Et pour un entrepreneur, une assurance n’est évidemment pas un accessoire que l’on peut commander lorsqu’on a cinq minutes devant soi. Elle conditionne directement la possibilité de travailler, de financer son activité et parfois même de répondre aux exigences liées à un bail, à un prêt ou à certains contrats professionnels.

ASSURER UN COMMERCE : MISSION PRESQUE IMPOSSIBLE ?

À la mi-septembre, Nagico Assurances a annoncé évoluer vers une approche « au cas par cas » concernant les commerces de la Marina Royale. Sur le papier, le principe peut parfaitement se comprendre : chaque activité présente ses propres caractéristiques, chaque local ses propres contraintes et chaque risque doit être analysé.

Mais pour le commerçant qui cherche simplement à assurer son entreprise, la formule peut prendre une autre dimension.

Car « au cas par cas », cela signifie aussi qu’il n’existe plus nécessairement de réponse uniforme. Une activité pourra être acceptée dans certaines conditions, une autre faire l’objet de demandes complémentaires, une autre encore être refusée. Tout dépendra alors de l’analyse du risque, de l’activité exercée, des installations, de l’historique du site et des garanties proposées.

Le problème est que le commerçant, lui, doit continuer à payer son loyer, ses salariés, ses fournisseurs, ses charges et toutes les petites réjouissances administratives qui accompagnent la vie d’une entreprise. Il ne peut pas mettre son commerce en pause en attendant que le marché de l’assurance décide de son sort.

IGGY A SORTI SA CALCULATRICE

Iggy s’est donc penché sur le dossier avec toute la rigueur scientifique qui caractérise les grandes enquêtes de ZOUKMAG. Il a posé devant lui une feuille, un stylo et une calculatrice et a commencé à écrire : commerce + marina + incendie + assurance + risques climatiques + sécurité + historique du site.

La calculatrice a chauffé.

Iggy lui a conseillé de rester calme.

Il a ensuite ajouté les éventuelles demandes de documents supplémentaires, les délais d’étude et la possibilité d’une réponse négative. La calculatrice a demandé un congé maladie.

Le problème est pourtant très concret. Lorsqu’un commerce devient difficile à assurer, il devient mécaniquement plus compliqué à exploiter. Lorsqu’une activité devient plus difficile à exploiter, elle peut devenir moins attractive pour un entrepreneur. Et lorsqu’un entrepreneur hésite à investir dans un secteur parce qu’il ne sait pas s’il pourra assurer correctement son activité, le risque est de voir des locaux rester vides et l’activité commerciale diminuer.

On appelle généralement cela un cercle vicieux.

À la Marina Royale, il ne manquerait plus que quelqu’un installe une grande roue pour que le tour soit complet.

UNE MARINA QUI A BESOIN DE COMMERÇANTS

La question dépasse donc largement le simple rapport entre un commerçant et son assureur. Une marina ne fonctionne pas uniquement avec des quais, des bâtiments et de beaux projets d’aménagement. Elle fonctionne aussi avec les entrepreneurs qui y installent leurs activités, les salariés qui y travaillent, les visiteurs qui viennent consommer et les professionnels qui acceptent de prendre le risque financier de s’y installer.

Or, si les conditions deviennent suffisamment compliquées pour que les entrepreneurs aient du mal à assurer leur activité, c’est toute l’attractivité économique du site qui peut être concernée.

On peut toujours annoncer des projets, parler de redynamisation, imaginer de nouvelles activités et réfléchir à l’avenir de Port-La-Royale. Mais il existe une question beaucoup plus terre-à-terre, beaucoup moins spectaculaire et probablement beaucoup plus importante pour celui qui tient un commerce derrière une vitrine :

« Est-ce que je peux assurer mon entreprise ici ? »

Parce qu’avant de parler de nouvelles enseignes, il faut aussi permettre à celles qui sont déjà là de fonctionner dans des conditions normales.

LE NOUVEAU PARCOURS DU COMMERÇANT

Iggy propose donc de résumer la situation sous la forme d’un nouveau parcours administratif : étape 1, trouver un local ; étape 2, trouver des clients ; étape 3, trouver un assureur ; étape 4, convaincre l’assureur que le local peut être assuré ; étape 5, fournir les documents demandés ; étape 6, attendre l’analyse ; étape 7, recevoir une réponse ; étape 8, découvrir le montant de la prime ; étape 9, regarder son compte bancaire ; étape 10, se demander s’il ne serait finalement pas plus simple d’installer son entreprise ailleurs.

Et pendant tout ce temps, une chose ne s’arrête jamais : le loyer.

Le commerçant peut donc se retrouver dans une situation assez particulière où son activité doit continuer à fonctionner pendant qu’il cherche à obtenir la couverture qui lui permettra précisément de continuer à fonctionner.

APRÈS L’INCENDIE, LE FEU CONTINUE DE COUVER

Il faut évidemment reconnaître que les assureurs ont leurs propres contraintes et qu’ils doivent évaluer les risques auxquels ils acceptent de s’exposer. Après un sinistre important, une compagnie peut légitimement réexaminer ses conditions de couverture, demander des garanties supplémentaires ou analyser chaque dossier individuellement. Ce n’est donc pas à ZOUKMAG de décider à la place des assureurs quels risques ils doivent accepter.

Mais lorsque plusieurs commerçants d’un même site rencontrent des difficultés pour assurer leurs activités, le problème change de dimension. Ce n’est plus seulement une question entre un professionnel et sa compagnie d’assurance : cela devient potentiellement une question d’attractivité économique pour l’ensemble de la marina.

Car un commerce non assuré est un commerce fragilisé. Un commerce fragilisé investit moins facilement. Et une marina où les commerçants hésitent à investir, à s’installer ou à rester risque forcément de perdre une partie de son dynamisme.

LA VRAIE QUESTION

La question n’est donc pas de savoir s’il faut demander aux assureurs de fermer les yeux sur les risques. Personne ne souhaite revivre un incendie et personne ne peut sérieusement demander à une compagnie de garantir n’importe quoi dans n’importe quelles conditions.

La véritable question est plutôt de savoir comment rendre durablement la Marina Royale suffisamment sûre et attractive pour que les commerçants puissent y exercer leur activité et que les assureurs puissent, eux aussi, considérer le site comme assurable dans des conditions normales.

Cela implique évidemment de regarder les installations, la sécurité, les conditions techniques, la prévention incendie, l’entretien et l’ensemble des éléments qui permettent de réduire réellement le risque.

Parce que reconstruire ou réaménager une marina est une chose.

Reconstruire la confiance des commerçants et des assureurs en est une autre.

Et cette deuxième reconstruction pourrait bien être la plus longue.

À ZOUKMAG, Iggy n’a donc pas encore trouvé la formule magique. Il a simplement une proposition assez simple : avant de demander aux entrepreneurs de prendre de nouveaux risques, peut-être faudrait-il commencer par faire en sorte que ces risques puissent être assurés.

Parce qu’une marina peut avoir les plus beaux quais du monde, si celui qui veut y ouvrir un commerce doit commencer par passer un examen d’entrée chez l’assureur, il risque surtout de finir par ouvrir ailleurs.

Iggy — Reporter ZOUKMAG 🦎

👉 Et vous, commerçants de Saint-Martin : est-il devenu réellement plus difficile de faire assurer une activité à la Marina Royale depuis l’incendie de 2025 ?


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Iggy

Iggy, le journaliste qui gratte là où ça fait mal Le visage (à écailles) de ZOUKMAG Avec son carnet de notes, son micro et son regard toujours un peu méfiant, Iggy parcourt Saint-Martin à la recherche des informations qui comptent vraiment. Conseils territoriaux, inaugurations, faits divers, culture, sport, environnement, politique… rien n’échappe à sa curiosité. Enfin… presque. Les moustiques continuent de lui filer entre les griffes.
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