À la veille du scrutin sénatorial, l’ancien sénateur Guillaume Arnell livre au Pélican une lecture particulièrement sévère de la situation politique de Saint-Martin. Instabilité permanente, alliances surprenantes, vieux désaccords et soutien inattendu de Daniel Gibbs : derrière l’élection d’un sénateur, c’est surtout le grand théâtre politique saint-martinois qui semble reprendre ses droits.
Il fallait bien que quelqu’un ouvre le placard.
Alors que Saint-Martin s’apprête à envoyer son prochain représentant au Sénat, Guillaume Arnell, ancien sénateur du territoire entre 2014 et 2020, revient dans l’actualité avec un entretien accordé au Pélican. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le décor qu’il décrit n’est pas exactement celui d’une démocratie paisiblement installée dans son fauteuil.
Le titre donne déjà le ton : « Saint-Martin est confrontée à une instabilité politique permanente ».
Iggy a donc immédiatement sorti son carnet.
Parce qu’à Saint-Martin, lorsqu’un ancien sénateur parle d’instabilité politique quelques heures avant une élection sénatoriale, il faut évidemment écouter. Et surtout regarder qui soutient qui, qui ne soutient plus qui et qui semble avoir soudainement découvert que les vieilles querelles peuvent parfois attendre lundi matin.
GIBBS ET ARNELL : L’ANCIEN ADVERSAIRE QUI REGARDE DANS LA MÊME DIRECTION ?
C’est probablement l’un des éléments les plus étonnants de cette séquence.
Daniel Gibbs et Guillaume Arnell n’ont pas précisément passé leur carrière politique à se distribuer des bouquets de fleurs. En 2017, Gibbs avait notamment battu Arnell aux législatives, avant de devenir président de la Collectivité. Arnell, lui, avait été sénateur de 2014 à 2020.
Et pourtant, dans la campagne sénatoriale actuelle, le soutien de Daniel Gibbs à la candidature d’Arnell apparaît comme un rapprochement politique pour le moins inattendu.
C’est précisément ce qui rend la séquence intéressante.
Parce qu’en politique, surtout à Saint-Martin, les alliances ont parfois une durée de vie comparable à celle d’un parasol lors d’un cyclone. Hier adversaires, aujourd’hui partenaires sur un dossier, demain peut-être de nouveau chacun dans son couloir.
Mais derrière ce rapprochement, il y a aussi une logique : Gibbs et Arnell appartiennent à deux histoires politiques différentes, mais partagent une connaissance ancienne des rouages du territoire et du fonctionnement institutionnel. Et lorsque les cartes sont rebattues par une élection sénatoriale, les anciennes frontières peuvent devenir beaucoup moins étanches.
En 2020, le rapport de forces était pourtant très différent : Daniel Gibbs, alors président de la Collectivité, avait apporté son soutien à Annick Petrus, candidate de sa majorité, face notamment au sénateur sortant Guillaume Arnell.
Six ans plus tard, changement de décor.
Le même Gibbs qui soutenait Petrus en 2020 se retrouve aujourd’hui dans une configuration où Arnell bénéficie de son soutien.
Iggy vient de relire ses archives.
Il demande une seconde paire de lunettes.
ET ANNICK PÉTRUS DANS TOUT ÇA ?
Voilà probablement l’autre morceau particulièrement croustillant du dossier.
Annick Petrus est aujourd’hui la sénatrice sortante. Elle avait été élue en 2020 après avoir obtenu 15 voix au second tour, succédant précisément à Guillaume Arnell.
Elle avait alors été soutenue par Daniel Gibbs, dont elle était une élue de la majorité. Elle avait auparavant été élue conseillère territoriale sur la liste de Daniel Gibbs en 2017 et était devenue vice-présidente de la Collectivité.
Autrement dit : Gibbs → Petrus → Arnell, et maintenant retour de certaines connexions dans un autre sens.
Même Netflix demanderait une fiche pour suivre.
Mais l’affaire devient encore plus piquante lorsqu’on regarde ce qui s’est passé depuis.
Annick Petrus est aujourd’hui candidate à sa propre succession, mais les équilibres politiques ont considérablement changé. Les candidatures sénatoriales de 2026 ont notamment révélé une division au sein du bloc majoritaire : Annick Petrus, Valérie Damaseau et Raphaël Sanchez sont tous issus de cet espace politique, avec des soutiens et des configurations différentes.
Et contrairement à 2020, Petrus ne bénéficie plus du même environnement politique qu’à l’époque de la Team Gibbs.
LE DOSSIER DES CIGARETTES : LA POLITIQUE A LA MÉMOIRE LONGUE
Il y a également cette affaire qui continue de coller à la campagne comme une étiquette impossible à décoller.
En mai 2025, Annick Petrus avait été impliquée dans une affaire liée à une valise contenant des cigarettes à son arrivée à Roissy. Elle avait accepté une amende de 4 900 euros, tout en contestant les qualificatifs de « contrebande » ou de « trafic » et en affirmant ne pas connaître le contenu de la valise.
Et c’est précisément là que la politique devient intéressante.
Parce qu’une affaire peut être juridiquement terminée ou traitée d’un point de vue administratif, tout en continuant à peser politiquement.
Et lorsqu’un ancien sénateur parle aujourd’hui de son ancienne successeure, de pardon impossible ou de fracture politique, forcément, Iggy se demande si les souvenirs politiques ont eux aussi une date de péremption.
Apparemment, pas toujours.
SAINT-MARTIN : 25 GRANDS ÉLECTEURS, 1000 HISTOIRES
Le scrutin sénatorial saint-martinois a une particularité : le nombre très réduit de grands électeurs rend chaque relation politique particulièrement visible.
En 2026, ils sont 25. Pour obtenir la majorité absolue au premier tour, il faut donc 13 voix.
Et quand il n’y a que 25 personnes dans la pièce, les alliances deviennent soudain beaucoup moins théoriques.
Chaque soutien compte.
Chaque absence compte.
Chaque rupture compte.
Chaque ancien soutien peut devenir une nouvelle voix.
Et chaque vieux dossier peut ressortir du tiroir au moment où personne n’avait demandé à le voir.
ARNELL PARLE D’INSTABILITÉ. ZOUKMAG REGARDE LE FILM.
Le plus intéressant dans la déclaration de Guillaume Arnell est finalement moins de savoir qui il aime ou qui il n’aime pas que de constater ce qu’elle révèle du fonctionnement politique local.
Depuis plusieurs années, Saint-Martin connaît des changements rapides d’alliances, des ruptures, des recompositions et des élus qui passent d’un camp à l’autre ou prennent leurs distances avec leur ancienne famille politique.
Les sénatoriales 2026 en sont une nouvelle illustration : six candidatures ont été enregistrées, dont plusieurs issues du même espace politique local.
Et dans ce petit monde où tout le monde finit forcément par se croiser quelque part, les ennemis d’hier peuvent devenir les soutiens d’aujourd’hui, pendant que les anciens alliés découvrent les joies de l’indépendance.
Iggy appelle ça : le recyclage politique.
Ram de Bush, lui, appelle ça : changer de pâturage sans changer de chèvre. 🐐
Mongo observe en silence.
Ce qui, venant d’une mangouste, est probablement le signe le plus inquiétant des trois.
LE SÉNAT, OU LE GRAND TEST DE MÉMOIRE ?
Dimanche, les grands électeurs vont voter.
Mais derrière le bulletin, il y aura aussi les souvenirs des dernières années : alliances anciennes, défaites, soutiens, ruptures, décisions prises au conseil territorial, dossiers qui ont marqué les esprits et petites phrases que personne n’a complètement oubliées.
La politique saint-martinoise a ceci de particulier qu’elle semble parfois fonctionner avec deux carburants : l’ambition et la mémoire.
Et lorsqu’on mélange les deux, on obtient généralement une campagne sénatoriale.
Le plus intéressant sera donc de regarder non seulement qui sera élu, mais aussi ce que cette élection dira des nouveaux rapports de force à Saint-Martin.
Parce qu’après le dépouillement, il faudra bien retourner travailler ensemble.
Enfin… normalement.
IGGY 🦎 — Reporter ZOUKMAG
L’info qui dérange… mais qui dit tout !
Lire l’entretien de Guillaume Arnell dans Le Pélican



