On veut protéger la Caraïbe contre les pirates informatiques. Très bien. Mais avant de jouer les gardiens du coffre-fort régional, encore faudrait-il vérifier les serrures de la maison !
Saint-Martin accueille le premier forum C-CIRC consacré à la cybersécurité dans la Caraïbe. Des experts, des spécialistes, des échanges, de la coopération régionale et de grands discours sur les dangers du numérique. Bref, tout ce qu’il faut pour montrer que notre territoire prend la sécurité informatique très au sérieux.
Et c’est une bonne chose. Les cyberattaques sont une réalité, les données personnelles sont précieuses et la protection des systèmes informatiques n’est certainement pas un sujet à traiter à la légère.
Mais chez ZoukMag, une petite question nous démange : quand on organise un forum sur la cybersécurité, a-t-on pensé à examiner les outils numériques que l’on utilise chez soi ?
LE CONCOURS DU DRAPEAU : UN PETIT DRAPEAU ROUGE DANS LE PAYSAGE NUMÉRIQUE ?
Souvenez-vous du concours organisé pour choisir le futur drapeau de Saint-Martin. Une initiative symbolique, destinée à faire participer la population et à recueillir les préférences des habitants.
Sauf que le dispositif de vote en ligne soulève de sérieuses interrogations quant à sa robustesse.
Nos constatations nous conduisent à nous interroger sur la capacité du système à garantir la fiabilité du scrutin et à prévenir les votes multiples. Nous n’allons évidemment pas publier ici les détails techniques permettant de reproduire le problème. Le but n’est certainement pas de fournir un mode d’emploi à ceux qui seraient tentés de fausser la consultation.
En revanche, les responsables du dispositif devraient pouvoir répondre à une question parfaitement légitime : quelles garanties techniques permettent d’assurer qu’un vote en ligne reflète réellement la volonté des participants ?
Parce qu’un concours citoyen, ce n’est pas simplement une jolie page Internet avec des drapeaux colorés et un bouton « voter ». C’est aussi un système qui doit inspirer confiance.
Et lorsqu’un doute sérieux apparaît sur son fonctionnement, mieux vaut le traiter avant de proclamer que tout est parfaitement maîtrisé.
LES MARCHÉS DU NUMÉRIQUE : UN UNIVERS QUI MÉRITE AUSSI DE LA TRANSPARENCE
Autre sujet qui mérite quelques éclaircissements : les marchés publics du numérique sur le territoire.
Le petit monde des prestations informatiques à Saint-Martin semble suffisamment concentré pour que les citoyens puissent légitimement s’interroger sur les prestataires retenus, les procédures d’attribution et les résultats obtenus.
Lorsque certaines entreprises paraissent régulièrement présentes dans le paysage des commandes publiques, la transparence devient essentielle. Quels sont les critères de sélection ? Quelles compétences sont mobilisées ? Quels contrôles sont réalisés ? Et surtout, comment la collectivité vérifie-t-elle que les prestations livrées répondent aux exigences de sécurité annoncées ?
Précisons-le : la récurrence d’un prestataire ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’irrégularité. Mais elle ne dispense certainement pas d’expliquer les choix effectués ni de rendre compte de l’argent public engagé.
Nous aimerions donc voir les documents, les évaluations et les audits parler. C’est nettement plus convaincant qu’une bataille de communiqués.
LA CYBERSÉCURITÉ, CE N’EST PAS UNE PHOTO DE GROUPE !
Soyons justes : organiser un forum consacré à la cybersécurité est une initiative utile. Les territoires caribéens ont tout intérêt à partager leurs compétences et à mieux se préparer aux menaces informatiques.
Mais la cybersécurité ne se résume pas à réunir des spécialistes dans une salle, aligner quelques ordinateurs et prononcer les mots « intelligence artificielle », « données sensibles » et « coopération régionale » dans le bon ordre.
Elle commence par des pratiques concrètes : des audits indépendants, des tests réguliers, une protection sérieuse des données, des contrôles efficaces et une capacité à corriger rapidement les faiblesses identifiées.
Et surtout, elle suppose d’accepter que l’on pose des questions embarrassantes sur les systèmes déjà en service.
La sécurité informatique ne se mesure pas au nombre d’experts présents dans un forum, mais à la résistance réelle des outils que l’on met entre les mains du public.
AVANT DE PROTÉGER LA CARAÏBE, COMMENÇONS PAR SAINT-MARTIN
Le forum C-CIRC peut contribuer à faire progresser la sécurité numérique dans la région. Tant mieux. Mais cette ambition gagnerait à s’accompagner d’une exigence exemplaire dans les projets locaux.
La page du concours du drapeau sur le site de la collectivité mérite des explications techniques sur les garanties de fiabilité du vote. Les marchés publics du numérique méritent une transparence irréprochable. Et les citoyens méritent de savoir comment leurs données et leurs participations sont protégées. En effet, on peut simplement voter plusieurs fois pour le drapeau que l’on souhaites en ouvrant un navigateur en mode privé.
Rien d’extravagant là-dedans ? Iggy se pose la question.
LA CONCLUSION DE ZOUKMAG
Saint-Martin veut devenir un acteur de la cybersécurité caribéenne ? Excellente ambition.
Mais avant de donner des leçons de sécurité numérique à toute la région, il serait judicieux de vérifier que nos propres outils sont à la hauteur des discours.
Organiser un forum sur la cybersécurité tout en laissant planer des interrogations sur la fiabilité d’un vote public, c’est un peu comme organiser un colloque sur les coffres-forts en oubliant de vérifier celui qui se trouve dans son propre bureau.
Nous ne demandons pas des miracles. Nous demandons des explications, des contrôles indépendants et des garanties vérifiables.
Si tout est sécurisé, les responsables pourront le démontrer. Si des faiblesses existent, mieux vaut les corriger discrètement et sérieusement que les découvrir au pire moment.
Car en matière de cybersécurité, la confiance ne se décrète pas. Elle se mérite.
Et à Saint-Martin, avant de jouer les cyber-gardiens de la Caraïbe, il serait peut-être temps de commencer par un petit contrôle technique à domicile.
ZoukMag, l’info qui dérange… mais qui préfère les audits aux discours !



