Un avocat parisien, une affiche aux couleurs de l’UDR et du RN, le soutien d’Edwige Diaz… et une ambition sénatoriale à Saint-Martin. Il ne manque plus que le guide touristique.
Il fallait oser.
À quelques jours des élections sénatoriales du 27 septembre 2026, Saint-Martin découvre un candidat dont la communication donne presque l’impression qu’il vient de gagner un concours pour sauver l’île.
Son nom : Tristan Choppin Haudry de Janvry, son slogan : « Une alliance forte ».
Son programme de communication : une belle affiche bleu-blanc-rouge, deux portraits impeccablement calibrés, une poignée de main avec le logo UDR d’un côté et celui du Rassemblement national de l’autre, et une promesse de se mettre « au service de nos territoires ».
Bref : Paris-Saint-Martin, aller simple.
Un candidat qui n’est pas vraiment du paysage local
Soyons précis : Tristan Choppin Haudry de Janvry est bien candidat officiellement à Saint-Martin. Six candidatures ont été enregistrées pour l’unique siège à pourvoir.
Mais le détail qui pique un peu les yeux figure dans les informations publiées sur sa candidature : il est présenté comme avocat en droit public et en droit de l’énergie, installé à Paris, et comme le seul des six candidats saint-martinois à ne pas être conseiller territorial.
Son cabinet indique d’ailleurs une adresse professionnelle au 106 rue de la Tour, à Paris, et ses activités récentes sont essentiellement liées au droit public, aux contrats publics, à l’énergie et aux secteurs réglementés. Alors évidemment, personne ne prétend qu’il faut être né à Marigot pour avoir le droit de se présenter à une élection. Mais pour prétendre représenter Saint-Martin au Sénat, la question de la connaissance concrète du territoire n’est quand même pas complètement saugrenue.
Et c’est précisément là que la communication du candidat devient intéressante.
« Au service de nos territoires »… mais lequel ?
Dans le message envoyé à ses soutiens, Tristan Choppin Haudry de Janvry annonce fièrement le soutien d’Edwige Diaz, députée RN de Gironde et tête de liste RN aux sénatoriales dans ce département.
L’affiche, elle, ne fait pas dans la subtilité :
UDR 🤝 RN
Puis :
« UNE ALLIANCE FORTE »
Et, histoire de bien planter le décor :
« AU SERVICE DE NOS TERRITOIRES »
On pourrait presque se demander si Saint-Martin vient de devenir une annexe électorale de la Gironde.
Car Edwige Diaz est, elle, candidate aux sénatoriales en Gironde, où elle conduit la liste RN « Au service des communes pour défendre la Gironde ». Le ministère de l’Intérieur confirme sa candidature et sa position de tête de liste.
Et voilà donc une candidate de Gironde qui apporte son soutien à un candidat UDR qui se présente… à Saint-Martin.
La politique française adore les circuits courts.
Le casting national débarque dans les îles
Le candidat ne se contente d’ailleurs pas de cette affiche. Dans son courriel, il annonce également une interview sur Radio Courtoisie, invite les électeurs à suivre son compte Instagram politique et met en avant plusieurs tribunes publiées dans Atlantico et Valeurs actuelles. Il y a donc une vraie stratégie de visibilité nationale mais une question toute simple mérite d’être posée :
Et Saint-Martin dans tout ça ?
Parce qu’entre les tribunes parisiennes, les soutiens politiques venus de l’Hexagone, les logos nationaux et les passages médiatiques, on cherche presque la petite visite guidée de Sandy Ground, Concordia, Grand-Case, Quartier-d’Orléans ou French Quarter.
Pas parce qu’un candidat devrait obligatoirement avoir un passeport saint-martinois mais parce qu’un sénateur est censé représenter un territoire.
Et qu’entre connaître les dossiers administratifs d’un territoire ultramarin et connaître le territoire lui-même, il peut exister une légère différence.
Le plus savoureux : la sénatoriale n’est même pas une élection au suffrage direct
Et c’est ici que le storytelling mérite d’être sérieusement décortiqué.
À Saint-Martin, le scrutin sénatorial du 27 septembre concerne un seul siège et se déroule au scrutin majoritaire. Surtout, ce ne sont pas les habitants de Saint-Martin qui votent directement pour leur sénateur : le collège électoral est composé notamment des parlementaires et des conseillers territoriaux.
Autrement dit, lorsque le candidat écrit qu’il sollicite l’attention de la population, il faut rappeler une petite subtilité institutionnelle : les habitants ne vont pas directement déposer un bulletin pour lui dans l’urne, ce sont les grands électeurs qui désigneront le sénateur, la campagne populaire façon « chers amis, rendez-vous dimanche soir » peut donc donner une impression légèrement différente de la mécanique réelle du scrutin.
Le candidat qui veut représenter Saint-Martin… et qui doit encore convaincre sur son ancrage
Il serait évidemment caricatural de réduire Tristan Choppin Haudry de Janvry à son adresse parisienne.
Son profil professionnel est réel et identifiable : avocat au barreau de Paris, spécialisé notamment dans le droit public et l’énergie.
Et son discours de campagne met en avant plusieurs sujets qui concernent directement Saint-Martin : lutte contre les trafics et la délinquance, immigration irrégulière, filières locales, santé ou encore développement de l’énergie solaire.
Le sujet n’est donc pas de savoir s’il a le droit de se présenter.
Il en a parfaitement le droit.
Le sujet est plutôt de savoir comment un candidat qui n’est pas issu de l’assemblée territoriale locale, qui exerce professionnellement à Paris et qui arrive avec le soutien d’une figure nationale du RN entend convaincre les grands électeurs saint-martinois qu’il est le mieux placé pour porter leurs dossiers au Sénat.
Et là, forcément, les habitants sont en droit de regarder la jolie affiche…
puis de demander ce qu’il y a derrière.
SAINT-MARTIN N’EST PAS UN FAUTEUIL DE SÉNATEUR À POURVOIR SUR LINKEDIN
Le problème avec les campagnes politiques modernes, c’est parfois cette impression qu’il suffit d’une belle photo, de trois logos, de quelques relais médiatiques nationaux et d’un slogan en majuscules pour transformer un candidat en incarnation du territoire.
Mais Saint-Martin n’est pas un décor de campagne.
C’est un territoire avec ses problèmes très particuliers : logement, foncier, sécurité, immigration, reconstruction, santé, coût de la vie, énergie, relations avec Sint Maarten, transports, fiscalité, tourisme, formation, emploi…
Bref, suffisamment de sujets pour qu’un candidat au Sénat ait intérêt à connaître autre chose que le code général des collectivités territoriales.
Alors oui, Tristan Choppin Haudry de Janvry est officiellement candidat.
Oui, il bénéficie du soutien affiché d’Edwige Diaz.
Oui, il est délégué départemental UDR pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy selon les informations publiées sur sa candidature.
Mais la question qui se pose désormais est beaucoup plus simple :
Monsieur le candidat, qu’est-ce que vous connaissez réellement de Saint-Martin ?
Parce que « au service de nos territoires », c’est joli sur une affiche.
Maintenant, on attend les preuves.
Et surtout, on attend de voir si Saint-Martin connaît réellement son nouveau prétendant au Sénat aussi bien que son prétendant prétend connaître Saint-Martin.
Le match est lancé.
NB : les sénatoriales à Saint-Martin sont fixées au 27 septembre 2026 et six candidatures ont été enregistrées pour le siège à pourvoir.



