À Saint-Martin la révolution lycéenne commence par les pantalons courts, les faux cils et les faux ongles

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Pendant que la France s’interroge sur les revendications de ses lycéens, une autre forme de contestation semble avoir trouvé un terrain particulièrement fertile sur l’île

La preuve avec cette étonnante banderole manifestement réalisée par l’IA censée orner la façade de ce qui pourrait ressembler au tout nouveau collège 900 de la Savane, et relayée sur les réseaux sociaux par un professeur saint-martinois. Dans l’hexagone les revendications lycéennes portent principalement sur les moyens insuffisants dont dispose l’Education Nationale (davantage de profs et de personnels, notamment pour remplacer les absents, et des classes moins chargées), sur l’état des établissements scolaires (bâtiments, toilettes, chauffage et climatisation, matériel, etc), sur les problèmes à propos de l’orientation (avec notamment une forte contestation de Parcoursup, que certains demandent de supprimer ou de réformer profondément), sur l’égalité entre les lycées, particulièrement entre les établissements dits favorisés et ceux des quartiers populaires. 

D’autres revendications sont plus secondaires ou locales : restauration scolaire, emplois du temps jugés trop lourds, conditions dans les lycées professionnels, accès aux soins et aux infirmières scolaires, et parfois des revendications plus politiques comme la critique des dépenses militaires ou des violences policières.  Donc en résumé : plus de moyens, de meilleures conditions d’étude et un système d’orientation jugé plus juste. A Saint-Martin la révolution estudiantine aurait apparemment décidé de s’attaquer à des dossiers autrement plus urgents.

Tout d’abord le prix de la cantine semble inquiéter les élèves alors que ce sont leurs parents qui payent pour eux, mais ceci n’est rien à côté du véritable combat social affiché sur la banderole : l’interdiction des pantalons courts, des faux ongles et des faux cils. Voilà donc le front social du XXIᵉ siècle, après les grandes luttes ouvrières, les congés payés et la semaine de 35 heures, voici venu le temps d’une bataille qui va changer la vie des générations à venir si toutefois elle est gagnée.
Les accords de Grenelle signés après Mai 68, c’est du pipi ce chat comparé à cela. La banderole réclame également davantage de respect de la part des professeurs, une machine à eau, l’absence de retenue pour un oubli de carnet et une climatisation qui fonctionne. Si sur le fond, certaines de ces demandes peuvent évidemment paraitre parfaitement légitimes avec des sujets qui peuvent mériter d’être discutés, c’est l’examen détaillé de l’ensemble qui devient franchement savoureux.

En effet les contestataires saint-martinois semblent avoir oublié un détail : avant de refaire le monde, il faudrait peut-être refaire l’orthographe (12 fautes pour 8 revendications > peut mieux faire, il ne faudra pas se relâcher au deuxième trimestre). On pourrait presque imaginer que le mouvement de contestation a été organisé par le comité de rédaction de « Messages WhatsApp entre deux cours ».
Et c’est là toute la poésie de cette affiche ; on réclame le respect mais on maltraite la langue française, on demande de meilleures conditions d’étude mais on semble surtout vouloir de meilleures conditions de manucure, on dénonce les contraintes vestimentaires, tout en faisant de la liberté du pantalon court une priorité territoriale à défaut d’être nationale. Et pendant que certains débattent sérieusement de l’avenir de l’école, nos révolutionnaires en herbe ont donc placé la barre à la hauteur de leurs ambitions… sous le niveau de la ceinture en quelque sorte.

Évidemment, il ne faut pas prendre cette image au pied de la lettre puisqu’elle ne constitue pas la preuve d’une véritable mobilisation lycéenne, ni même de revendications avérées et vérifiées. Selon un membre du corps enseignant, elle serait due à une élève récidiviste exclue de l’école pour non respect du règlement intérieur, mais cela reflète quand même un sentiment général lié à des contrariétés existentielles plutôt qu’aux réelles inquiétudes que pourrait avoir la jeunesse à propos de son avenir. Entre des revendications réellement importantes et les petites contrariétés du quotidien, il existe parfois un monde, que même l’intelligence artificielle, n’a visiblement pas réussi à corriger, pas plus que les fautes d’orthographe d’ailleurs.

Au lendemain des évènements nationaux qui ont embrasé le pays et dont nous fêterons le soixantième anniversaire dans 2 ans, Maxime Le Forestier chantait « Ce monde je l’ai fait pour toi » disait le père. « Je sais tu me l’as dit déjà » disait l’enfant « Il est foutu et je n’ai plus qu’à le refaire un peu plus souriant pour tes petits enfants ». On n’était loin d’imaginer que les générations suivantes érigeraient des barricades pour des motifs aussi futiles que ceux qui sont présentés aujourd’hui par réseau social interposé.

Et du coup on n’a pas parlé de l’autorisation de porter une arme pendant les cours… un oubli sans doute.



Mais rassurons-nous, la révolution n’est peut-être pas terminée car après le pantalon court, les faux cils, les faux ongles, la machine à eau, la climatisation et le carnet oublié, il reste encore quelques grandes conquêtes sociales à obtenir : le droit de choisir sa sonnerie de téléphone en classe, la suppression des devoirs le vendredi, l’obligation pour les professeurs de répondre instantanément aux messages WhatsApp et, pourquoi pas, la possibilité de faire cours depuis son lit lorsque la température dépasse 28 degrés.

Quant à l’autorisation de porter une arme pendant les cours, Mongo maintient donc sa question : simple oubli ou prochaine revendication ?
Parce qu’à ce rythme-là, la prochaine banderole risque de réclamer non plus une réforme de l’Éducation nationale, mais carrément la réforme de la civilisation.

Mongo, La Mangouste


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Mongo

Futée, curieuse, vive et particulièrement difficile à enfumer, Mongo connaît Saint-Martin, ses acteurs, ses petites histoires et surtout les petits détails qui se cachent parfois derrière les apparences. Son truc à elle ? Observer, écouter, chercher et poser les questions que certains préféreraient voir rester tranquillement sous le tapis.
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