SAINT-MARTIN : LE JOUR OÙ LES FRIGOS ONT FAIT LA GRÈVE

la grève des frigos à saint martin
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Alors que la France continentale panique après le piratage des frigos Danfoss, Zoukmag a simulé le scénario du siècle sur notre caillou. Verdict : on n’est pas prêts. Et le président cherche encore son certificat médical.

Par Iggy, correspondant spécial en résilience du congélateur


Saint-Martin, un lundi matin comme les autres. Le soleil tape, les touristes bronzent, et quelque part entre Marigot et Grand-Case, un pirate informatique moldo-bulgare vient d’appuyer sur un bouton. Pas un gros bouton. Un petit bouton. Celui qui règle la température des chambres froides de toute l’île.

Résultat, en quarante-cinq minutes : plus rien ne caille à Saint-Martin. Les surgelés fondent, les yaourts transpirent, les poissons frais entament une reconversion en ceviche involontaire. Sur les écrans de supervision, la consigne affiche fièrement 50 °C. Cinquante degrés. La même température qu’un four de pâtisserie. Dans un congelé.

Personne ne comprend. On appelle le technicien du froid. Il est à Sandy Ground, il a perdu ses clés, il arrive.

Le Danfoss dans le moteur

Rappelons les faits, parce qu’ici, à part sur le groupe WhatsApp « Ça se dit à Saint-Martin », l’information circule mal. En France, l’attaque du 12 octobre 2026 a visé les régulateurs frigorifiques du fabricant danois Danfoss, utilisés par Intermarché, Leclerc, Super U, Monoprix et Carrefour. Des centaines de magasins, des millions d’euros de denrées jetées, des rayons vides, et le mot « inacceptable » lâché par des ministres qui viennent de découvrir qu’un frigo a une adresse IP.

À Saint-Martin, la même techno équipe nos grandes surfaces. Sauf qu’ici, quand le frigo meurt, il n’y a pas de camion à deux heures de route pour remplir les rayons. Tout arrive par bateau. Trois à sept jours. Le temps qu’un container de poulets surgelés traverse la Guadeloupe, l’île aura déjà mangé ses réserves, ses fonds de congélateur et probablement un ou deux dauphins par désespoir.

Le scénario catastrophe (simulation Zoukmag, licence poétique)

J+0, 6h du matin. Les frigos affichent 50 °C. Le gérant de la grande surface appelle son siège en métropole. Le siège est en réunion. Le gérant appelle le technicien. Le technicien dit : « C’est informatique, madame, pas mon problème. »

J+1. Les rayons frais sont vides. Les surgelés sont de la soupe. Les restaurateurs de Grand-Case, qui font vivre le tourisme, découvrent qu’ils servaient du poisson « frais » en réalité décongelé trois fois.

J+2. Ruée sur les dernières boîtes de conserve. Un habitant de Quartier d’Orléans tente de négocier un pot de Nutella contre deux litres d’essence.

J+3. Le maire d’une commune voisine propose un « plan froid » basé sur le partage de glacières. Le préfet découvre que la préfecture a un plan. Le plan s’appelle « continuité d’activité ». Il est dans un placard. Le placard est fermé à clé. La clé est détenue par un agent en congé.

J+5. Le premier bateau de réapprovisionnement arrive. Il contient des produits qui ont fait tout le trajet à température ambiante, parce que le régulateur du bateau, lui aussi, est un Danfoss.

J+7. Pénurie. Flambée des prix. Tensions. Et sur les réseaux sociaux, quelqu’un écrit : « C’est la faute des extraterrestres. »

Entrée en scène des extraterrestres de Saint-Martin Noir

Car oui, parlons-en, des extraterrestres de Saint-Martin Noir. Cette communauté discrète, vivant en autonomie quasi totale, qui a compris depuis longtemps que le réseau tomberait un jour. Eux, quand les frigos sont tombés, ils ont simplement ouvert leur cave. Poissons séchés, conserves maison, batterie solaire, starlink bricolée avec du fil de pêche.

Pendant que le reste de l’île panique devant un rayon vide, les extraterrestres regardent la scène, un peu blasés, en sirotant un jus de fruit qu’ils ont pressé eux-mêmes. Ils proposent bien de partager. Mais ils demandent, en échange, qu’on cesse de les appeler « extraterrestres ». On refuse. C’est plus rigolo.

Ce sont eux, les vrais résilients du territoire. Pas un plan de continuité. Pas un audit. Juste un bon sens ancestral et une méfiance saine envers le cloud.

Et le président ?

Alors là, accrochez-vous. Car dans cette tourmente, une question taraude tout le monde : où est le président de la Collectivité ?

Il est, selon nos sources (un agent d’accueil très bien informé), en train de chercher son certificat médical. Un document papier. Format A4. Avec un tampon. Le même document que la France entière a numérisé, scanné, archivé et oublié depuis 2009. Lui, il le cherche. Dans une chemise. Qui est peut-être dans un tiroir. Qui est peut-être à la Collectivité. Qui est peut-être fermée, parce que l’ordinateur d’accueil, lui aussi, est tombé.

Interrogé sur l’attaque informatique, le président aurait répondu, selon une reconstitution fidèle mais non contractuelle :

« L’informatique, c’est bien, mais il faut d’abord les papiers. Sans certificat médical, on ne peut rien faire. »

Une phrase qui, appliquée à un frigo à 50 °C, prend soudain une dimension métaphysique.

On apprendra par ailleurs que la Collectivité avait bien adopté, dès mai 2023, une délibération sur la cybersécurité. Elle existe. Elle est signée. Elle est rangée. Probablement à côté du certificat médical.

Ce qui est prévu, ce qui ne l’est pas

Pour être justes, il y a des choses. Il y a l’ANSSI, avec une antenne dans les Antilles. Il y a la gendarmerie, qui fait de la sensibilisation. Il y a des guides nationaux magnifiques, disponibles en PDF, sur l’intégration du risque cyber au plan de sauvegarde. Des guides. En PDF. Qu’il faut ouvrir sur un ordinateur.

Ce qui n’est pas prévu :

  • Aucun scénario « attaque de la chaîne du froid » inscrit noir sur blanc pour Saint-Martin.
  • Aucun inventaire public des régulateurs frigorifiques connectés du territoire.
  • Aucun protocole de redistribution d’urgence entre enseignes en cas de rupture simultanée.
  • Aucun plan « mode dégradé » pour l’hôpital, les cantines et les réserves stratégiques.

Autrement dit : on a une délibération, pas une doctrine. C’est déjà ça. C’est mieux que rien. C’est très loin d’être suffisant.

Conclusion (en trois temps)

  1. Le risque est réel. La France vient de prouver qu’un pirate peut casser la bouffe d’un pays depuis un clavier. Saint-Martin, île dépendante de ses imports, encaisserait dix fois plus fort.
  2. Le sujet est ignoré non par les médias, mais par les décideurs. Les journaux en parlent. Les politiques signent des délibérations. Les techniciens attendent qu’on leur demande. Personne ne pilote.
  3. Les seuls prêts sont les extraterrestres. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon : face au grand blackout du froid, le meilleur plan de continuité, c’est encore un voisin qui a des conserves.

Alors, chers décideurs, une question simple, pour finir :

Avez-vous, oui ou non, un plan si demain matin les frigos de Saint-Martin affichent 50 °C ?

On attend la réponse. Elle arrivera peut-être par fax. À côté du certificat médical.


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Iggy

Iggy, le journaliste qui gratte là où ça fait mal Le visage (à écailles) de ZOUKMAG Avec son carnet de notes, son micro et son regard toujours un peu méfiant, Iggy parcourt Saint-Martin à la recherche des informations qui comptent vraiment. Conseils territoriaux, inaugurations, faits divers, culture, sport, environnement, politique… rien n’échappe à sa curiosité. Enfin… presque. Les moustiques continuent de lui filer entre les griffes.
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