Un robot, trois communiqués, quatre articles et un café. Bienvenue dans la rédaction du futur !
À Saint-Martin, Le 97150 recherche un pigiste. Un appel classique : du flair, une bonne plume, de la curiosité et le goût du terrain. Bref, quelqu’un capable de trouver une information, de poser des questions et de raconter ce qui se passe réellement sur notre petite île.
Et voilà qu’un internaute débarque avec une réflexion sur l’intelligence artificielle : pourquoi payer un journaliste pour retranscrire un communiqué ou résumer une séance du Conseil territorial, quand une IA peut faire le travail en quelques minutes ?
Sur le principe, il n’a pas tort. L’intelligence artificielle sait résumer un document, retranscrire une intervention, reformuler un texte et préparer une publication pour Facebook. Elle peut même transformer un communiqué administratif de douze pages en trois paragraphes lisibles. Un exploit qui mérite presque une médaille, compte tenu de la capacité de certains services à rendre la lecture d’un document plus douloureuse qu’une rage de dents.
Mais il y a un petit problème.
L’IA peut résumer ce qu’on lui raconte. Elle ne peut pas transformer automatiquement la version officielle en vérité journalistique.
Prenons un exemple tout simple.
La Collectivité annonce que les travaux avancent conformément au calendrier. L’IA peut rédiger un article parfaitement propre, avec un titre rassurant et une conclusion optimiste.
Mais qui va vérifier le chantier ? Qui va constater que les travaux sont à l’arrêt depuis trois semaines ? Qui va interroger les riverains, demander le montant réellement engagé et rechercher pourquoi le calendrier annoncé ne correspond pas à la réalité ?
Le robot ?
Il peut analyser les documents qu’on lui fournit. Il ne va pas spontanément débarquer sur le chantier, se salir les chaussures et découvrir qu’il manque encore la moitié des équipements.
Et s’il rédige un article à partir d’informations incomplètes, il risque surtout de produire une erreur parfaitement présentée. La technologie sait rendre un texte convaincant. Ce n’est pas une garantie de vérité.
LE COMMUNIQUÉ DEVIENT UN ARTICLE. ET APRÈS ?
Le vrai danger n’est pas que les médias utilisent l’intelligence artificielle. Ce serait aussi absurde que de reprocher à un journaliste d’utiliser un ordinateur plutôt qu’une machine à écrire.
Le danger, c’est de confondre la production de contenu avec le travail d’information.
Un communiqué de presse est une source, pas une enquête. Une déclaration politique est une affirmation, pas nécessairement un fait établi. Un compte rendu peut être parfaitement fidèle aux discours prononcés tout en passant à côté de la question essentielle : ce qui a été dit correspond-il à ce qui se passe réellement ?
Si toutes les rédactions se contentent de reprendre les mêmes documents avec des formulations différentes, nous aurons bientôt dix articles sur le même sujet, dix titres différents et exactement zéro information supplémentaire.
Une belle prouesse technologique : industrialiser la répétition.
ET LE PIGISTE DANS TOUT ÇA ?
Le commentaire soulève néanmoins un point intéressant : le métier de journaliste évolue. La simple retranscription d’une conférence de presse ne constitue pas toujours la meilleure utilisation du temps et des moyens d’une rédaction.
L’IA peut justement permettre au journaliste de gagner du temps sur les tâches répétitives, pour qu’il en consacre davantage aux vérifications, aux entretiens, aux investigations et à l’analyse.
Autrement dit, la machine peut aider à préparer le travail. Elle ne devrait pas servir de prétexte pour supprimer celui qui permet de distinguer une annonce officielle d’une réalité vérifiée.
Un bon pigiste ne se contente pas de rédiger correctement. Il sait où chercher, qui appeler, quelle question poser et, surtout, quelle réponse mérite d’être vérifiée.
Et parfois, son travail commence précisément là où le communiqué s’arrête.
ZOUKMAG ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : NOUS N’ALLONS PAS JOUER LES PURISTES
Soyons honnêtes : les nouveaux outils permettent aux petits médias de travailler plus efficacement, de publier sur plusieurs supports et de proposer des illustrations ou des formats qui auraient autrefois nécessité davantage de moyens.
Pour un média indépendant, cette évolution peut être précieuse. Elle permet de consacrer plus d’énergie au contenu et moins aux opérations répétitives.
Mais un outil reste un outil. Il ne remplace ni la ligne éditoriale, ni le jugement, ni la vérification des faits, ni la responsabilité de celui qui publie.
À ZoukMag, nous préférons une question embarrassante à un communiqué recopié, un fait vérifié à une rumeur bien emballée et une enquête imparfaite mais honnête à un texte impeccable qui ne dérange personne.
L’IA peut nous aider à écrire. Elle ne doit pas décider à notre place de ce qui mérite d’être révélé.
LE MOT DE MONGO
« Si j’ai bien compris, il suffira bientôt de donner un communiqué à un robot pour fabriquer un journaliste.
Dans ce cas, je propose une petite expérience : on lui donne les déclarations des élus, les promesses électorales et les réponses officielles. Ensuite, on lui demande de vérifier tout ça sur le terrain.
S’il revient avec les preuves, les contradictions et les bonnes questions, je lui offre une carte de presse en carton.
Mais s’il se contente de recopier les déclarations, nous avons déjà assez de communiqués pour tapisser toute la Collectivité ! »
Moralité : l’intelligence artificielle peut accélérer le journalisme. Elle ne devrait pas devenir le moyen de se dispenser d’en faire.
Car informer, ce n’est pas seulement écrire vite. C’est chercher ce que l’on ne vous donne pas spontanément à lire.
ZoukMag, l’info qui dérange… mais qui dit tout !



