Neuf ans après Irma, la vidéoprotection revient. Il était temps. Enfin, presque.
Par Iggy
Ça y est. Le mercredi 23 septembre, un arrêté préfectoral a autorisé la Collectivité à déployer son réseau de vidéoprotection. Neuf ans après Irma, qui avait emporté le précédent. Neuf ans. On ne va pas dire qu’on s’est pressés, on va dire qu’on a pris le temps de réfléchir. C’est une île, ici. On réfléchit lentement. C’est même notre spécialité.
Le projet ? 80 caméras d’ici 2028, pour un budget prévisionnel de 4 millions d’euros. Soit, si on compte bien, 50 000 € la caméra. On espère qu’elles filment en 4K et qu’elles disent bonjour.
Les travaux de terrassement pour la fibre ont déjà commencé, en même temps que la rénovation de l’éclairage public. Bonne nouvelle : au moins, cette fois, les caméras devraient voir quelque chose. La dernière fois qu’on a installé de la surveillance sans ampoules, on a filmé du noir pendant trois ans et personne ne l’a remarqué.
Le calendrier, parce qu’il y a un calendrier
Sur les 80 caméras, 61 entre 2026 et 2027, puis 19 de plus entre 2027 et 2028. Les secteurs concernés : Marigot, Concordia, Grand-Case, Sandy Ground, Baie Nettlé, Quartier d’Orléans, Cul-de-Sac, Cripple Gate, Colombier, plus les quatre zones frontalières.
Autrement dit, à peu près partout où il y a déjà du monde. Les caméras arrivent là où il y a du passage. C’est logique. C’est aussi exactement là où tout le monde se connaît déjà, donc on se demande bien ce qu’elles vont nous apprendre. Mais on verra.
Le Centre de supervision urbain, lui, sera reconstruit à son emplacement initial. Le même emplacement. Celui où il était. Celui qu’Irma a visité. On ne sait pas s’il a été reconstruit au même endroit par nostalgie, par économie de plan, ou parce que quelqu’un avait déjà payé le loyer. On pose la question.
Qui regarde les écrans ?
Là, accrochez-vous. Le CSU sera géré par la Collectivité, sous la responsabilité de la Police territoriale, en partenariat avec la gendarmerie. Trois entités, un écran. On connaît la musique : quand tout le monde est responsable, personne ne l’est.
Et il faudra du monde pour regarder. 80 caméras, ça tourne 24h/24. Ça fait beaucoup d’images pour pas beaucoup de paires d’yeux. Si le CSU fonctionne comme le reste, il y aura un agent très motivé, un deuxième en congé, et un troisième qui a perdu la clé de la salle.
Mais surtout : on avait déjà un système
Soyons honnêtes. Saint-Martin n’a jamais attendu la vidéoprotection pour se surveiller. Ici, le vrai réseau de renseignement, c’est le groupe WhatsApp « Ça se dit à Saint-Martin ». Il voit tout. Il sait tout. Il commente tout. Il est plus rapide que la gendarmerie, plus précis que la fibre, et il fonctionne sans budget FIPD.
Quelqu’un gare mal à Marigot ? Le groupe le sait avant la police. Un mariage qui tourne court à Grand-Case ? Diffusé avant la cérémonie. Une voiture suspecte à Sandy Ground ? Trois photos, deux vidéos, un débat, une conclusion. Voilà. Ça, c’est de la vidéoprotection communautaire, gratuite et sans arrêté préfectoral.
Alors oui, 80 caméras, c’est bien. Mais si on veut vraiment sécuriser l’île, la première chose à faire, c’est peut-être d’embaucher le groupe WhatsApp.
Et le financement ?
Le dossier de financement est encore en cours auprès de l’État, au titre du FIPD. Traduction : on a le projet, on a l’arrêté, on a les travaux, mais on attend encore l’argent. On rappelle que l’État, lui, ne fait pas de terrassement à crédit. Il signe, puis il paye. Nous, on creuse d’abord, on demande après. C’est une méthode.
Petit détail savoureux : le déploiement tombe pile entre maintenant et mars 2027, date des élections territoriales. Des caméras qui poussent pendant une campagne, ça tombe toujours bien. On n’insinue rien. On constate.
En résumé
Neuf ans pour rebâtir un réseau, 4 millions d’euros, 80 caméras, un CSU reconstruit au même endroit, et une question qui reste : qui va vraiment regarder ?
Ram, lui, a sa réponse : « Les caméras, c’est bien. Mais tant qu’on n’a pas réglé les rues, la lumière et les trottoirs, elles vont surtout filmer des gens qui trébuchent. »
Mongo, elle, a été plus brève : « On met des yeux partout. On oublie juste de mettre quelqu’un derrière. »
Iggy a mis son appareil photo sur le trépied, il attend le premier flash. On lui a dit qu’il allait peut-être attendre 2028. Il a répondu : « Pas grave. J’ai l’habitude. »



